Le deuxième bilan annuel publié par l’ADEME apporte de nouveaux repères sur le développement du réemploi et de la réutilisation en France. Les résultats témoignent d’une dynamique en cours de structuration, soutenue par les filières soumises à la responsabilité élargie du producteur. Ils invitent aussi à interroger les différences entre les modèles français et wallon.
Publié en juin 2026, ce bilancouvre dix filières relevant de la responsabilité élargie du producteur, parmi lesquelles celle des produits et matériaux de construction du bâtiment.
À l’échelle de l’ensemble de ces filières, deux chiffres ressortent :
- 43 millions d’euros ont été versés par les éco-organismes pour soutenir le réemploi et la réutilisation ;
- 100 000 tonnes de produits ont été déclarées comme réemployées ou réutilisées.
Ces premiers indicateurs montrent que le réemploi ne repose plus uniquement sur des initiatives ponctuelles. Il s’inscrit progressivement dans des dispositifs structurés, associant financements, obligations réglementaires, organisation de la collecte et développement de nouveaux débouchés.
Le financement des filières commence à produire des données mesurables
La mobilisation de 43 millions d’euros témoigne de la place croissante accordée au réemploi dans les politiques de prévention des déchets.
Ces financements peuvent notamment contribuer à soutenir les acteurs du réemploi, à organiser la reprise des produits, à développer des infrastructures de collecte ou de stockage et à accompagner la remise en circulation des matériaux.
Pour le secteur de la construction, cette évolution est déterminante. La viabilité des opérations de réemploi dépend en effet de nombreuses étapes : diagnostic, dépose sélective, manutention, transport, stockage, contrôle des performances et recherche de nouveaux usages.
Des tonnages significatifs, mais encore difficiles à interpréter
Les 100 000 tonnes déclarées comme réemployées ou réutilisées constituent un premier repère à l’échelle nationale. Elles confirment que des flux de produits sont effectivement détournés du traitement comme déchets pour être remis en circulation.
Ce résultat doit néanmoins être interprété avec précaution. Le chiffre couvre dix filières et ne correspond pas exclusivement aux produits et matériaux de construction.
Pour mesurer précisément l’évolution du réemploi dans le bâtiment, plusieurs données complémentaires seraient nécessaires :
- les tonnages propres aux matériaux de construction ;
- les catégories de produits effectivement réemployées ;
- la part des matériaux réutilisés sur chantier ou remis sur le marché ;
- les volumes collectés qui ne trouvent pas encore de débouché ;
- les coûts liés à la préparation et à la remise en circulation des matériaux.
La commande publique, un levier majeur pour créer des débouchés
Le bilan de l’ADEME suit également l’intégration du réemploi dans la commande publique.
Cette dimension est essentielle. Le développement d’une offre de matériaux de réemploi ne peut être durable que si une demande se structure en parallèle. Les pouvoirs publics peuvent contribuer à cette évolution en intégrant des objectifs de réemploi dans leurs marchés, en autorisant les variantes et en adaptant les prescriptions techniques.
La commande publique peut ainsi jouer un rôle d’entraînement, sécuriser des débouchés et favoriser la montée en compétence des maîtres d’ouvrage, concepteurs et entreprises.
Les zones de dépôt, un maillon stratégique
Le suivi des zones de dépôt met en évidence un autre enjeu central : la logistique.
Entre la déconstruction d’un bâtiment et la réutilisation des matériaux dans un nouveau projet, il faut disposer de lieux permettant de réceptionner, trier, contrôler, stocker et présenter les produits disponibles.
La multiplication des points de reprise ne garantit toutefois pas, à elle seule, le développement du réemploi. Leur fonctionnement doit être articulé avec les chantiers, les plateformes professionnelles, les entreprises de déconstruction, les acteurs de l’économie sociale et les futurs utilisateurs des matériaux.
France–Wallonie : deux dynamiques à mettre en regard
En France, la responsabilité élargie du producteur appliquée aux produits et matériaux de construction constitue désormais un levier structurant. Elle organise la contribution financière des producteurs, la reprise de certains matériaux et le soutien aux opérations de réemploi.
En Wallonie, la dynamique repose davantage sur une combinaison d’initiatives territoriales, de plateformes de réemploi, de projets pilotes, d’acteurs de l’économie sociale et circulaire et d’actions portées par les maîtres d’ouvrage.
Le rapprochement des deux approches permet de faire émerger plusieurs questions communes :
- Comment financer durablement les opérations de dépose et de préparation au réemploi ?
- Comment assurer la traçabilité et la qualité des matériaux ?
- Comment organiser le stockage sans augmenter excessivement les coûts ?
- Comment intégrer plus systématiquement le réemploi dans les marchés publics ?
- Quels indicateurs utiliser pour comparer les résultats de part et d’autre de la frontière ?
À ce stade, une comparaison directe des performances françaises et wallonnes serait prématurée. Les périmètres, les méthodes de comptabilisation et les dispositifs réglementaires ne sont pas identiques. Le bilan français fournit cependant une base précieuse pour construire progressivement des indicateurs communs.
Un enjeu pour REnversC : passer des initiatives aux filières structurées
Pour REnversC, ces résultats alimentent directement la réflexion sur la structuration transfrontalière du réemploi.
Ils montrent l’intérêt de ne pas suivre uniquement les tonnages, mais également les financements mobilisés, les capacités de stockage, les débouchés créés, le rôle de la commande publique et les coopérations territoriales.
Le véritable enjeu ne consiste pas seulement à récupérer davantage de matériaux. Il s’agit de créer les conditions techniques, économiques et organisationnelles permettant de les réemployer effectivement dans de nouveaux projets.
