À mi-parcours, le projet interreg REnversC, la Rénovation Efficiente vers la Circularité, montre comment la coopération transfrontalière peut faire évoluer concrètement les pratiques de rénovation. En rapprochant formation, chantier et territoire, le projet mobilise étudiant·es, formateur·ices, professionnel·les, relais et maîtres d’ouvrage autour d’un même objectif : apprendre à rénover autrement, avec les ressources déjà présentes, les matériaux durables et les savoir-faire des deux côtés de la frontière.
À Roubaix, pendant une semaine de février, des étudiant·es en architecture wallons et français se sont retrouvé·es face à une matière bien réelle : des matériaux issus du réemploi à observer, trier, comprendre, transformer, assembler. Pas de page blanche. Pas de solution standard. Un stock, des contraintes, des idées à éprouver et une question commune : comment concevoir autrement lorsque les ressources existent déjà ?
Organisé à La Condition Publique, le workshop “Work With Waste” a proposé aux participant·es de travailler autour d’un élément simple en apparence : le mur. Gros œuvre, second œuvre, troisième œuvre : chaque groupe a exploré une manière de faire du mur un support d’expérimentation, de matérialité et de circularité. Les étudiant·es ont visité une plateforme de réemploi, constitué une banque de ressources, esquissé, prototypé à l’échelle 1:1, testé des assemblages, puis présenté leurs recherches.
Cette scène dit beaucoup de ce que REnversC cherche à construire depuis deux ans : faire entrer les enjeux de l’éco-rénovation, du réemploi et des matériaux biosourcés ou géosourcés dans les apprentissages, les pratiques professionnelles, les décisions de maîtrise d’ouvrage et, progressivement, dans la culture commune du territoire transfrontalier.
De la sensibilisation à la montée en compétences
Depuis son lancement, REnversC s’appuie sur un partenariat transfrontalier réunissant 9 opérateurs et 24 partenaires associés. Cette diversité est l’une des forces du projet : centres de formation, acteurs de l’enseignement supérieur, structures spécialisées dans le réemploi, opérateurs de terrain, collectivités, relais territoriaux, SLSP... travaillent ensemble pour rapprocher des mondes qui se croisent encore trop peu.
Car la transition du secteur de la rénovation ne dépend pas d’un seul maillon. Elle suppose de former les futur·es concepteur·ices, d’outiller les formateur·ices, de faire monter en compétences les professionnel·les, de soutenir les maîtres d’ouvrage et de rendre les enjeux compréhensibles pour les citoyen·nes.
À mi-parcours, cette dynamique a déjà permis de toucher largement les publics concernés avec plus de 2 400 participants.
Derrière ce chiffers, l’enjeu n’est pas seulement de diffuser de l’information. Il s’agit de créer des points de contact, de donner envie d’aller plus loin, puis de proposer des formats plus ciblés pour transformer l’intérêt en compétences.
Faire entrer l’éco-rénovation dans les formations
L’un des apports majeurs de REnversC est de travailler avec les écoles, facultés et centres de formation pour faire de l’éco-rénovation un objet pédagogique concret.
À Maroilles, des étudiant·es ont ainsi travaillé lors d’un Workshop d’un mois sur un projet de démonstrateur de l’éco-rénovation, en partant d’un bâtiment existant, de son contexte patrimonial et des possibilités offertes par les matériaux naturels et le réemploi. Ces travaux, complètéés par un relevé scan 3D, ont fait l’objet d’une exposition et participent à la réflexion d’aménagement de la futur maison du Parc.
Ces étapes ont permis aux étudiant·es de se confronter à une réalité essentielle du métier : rénover, ce n’est pas dessiner à partir de rien. C’est observer, comprendre, composer avec l’existant, intégrer des contraintes techniques et patrimoniales, et imaginer des réponses adaptées.
À Roubaix, avec le workshop “Work With Waste”, cette approche s’est encore déplacée : les étudiant·es n’ont pas seulement réfléchi à l’éco-rénovation, ils et elles ont travaillé à partir de ressources déjà disponibles. Le matériau n’arrivait plus après le projet ; il devenait son point de départ.
Ces expériences contribuent à faire évoluer la formation initiale des architectes, ingénieur·es et futur·es professionnel·les de la construction. Elles introduisent dans les parcours académiques des questions qui deviendront centrales dans leurs pratiques :
- Comment concevoir à partir d’un stock ?
- Comment évaluer le potentiel d’un matériau réemployé ?
- Comment articuler sobriété, confort, patrimoine, performance et faisabilité technique ?
Outiller celles et ceux qui transmettent
REnversC travaille aussi avec les formateur·ices. C’est un levier essentiel : former un formateur, c’est permettre à des savoirs de circuler bien au-delà d’une seule session.
La formation “Les bases d’une bonne isolation”, dispensée notamment auprès de formateur·ices du FOREM et de Chênelet Développement, illustre cette volonté de construire des références communes. Elle ne se limite pas à rappeler les principes de l’isolation. Elle relie performance thermique, étanchéité à l’air, vapeur d’eau, ventilation, pathologies possibles et qualité de mise en œuvre.
Dans le même esprit, la Mallette à Concepts et les outils pédagogiques développés dans le cadre du projet permettent d’aborder de manière plus concrète des notions parfois complexes : condensation, point de rosée, diffusion de vapeur, inertie, ponts thermiques, ventilation, confort d’été. L’objectif est simple : aider les formateur·ices à expliquer, montrer, faire manipuler et ancrer les apprentissages dans des situations proches du chantier.
Cette attention portée à la pédagogie est au cœur du projet. Pour que les pratiques changent durablement, il ne suffit pas de produire des recommandations. Il faut des supports, des démonstrations, des maquettes, des ressources réutilisables et des méthodes partagées.
Sécuriser les gestes professionnels
Sur le terrain, les professionnel·les de la rénovation doivent composer avec des bâtiments existants, des matériaux anciens, des demandes de performance énergétique, des contraintes économiques et des risques de contre-performance. Les formations techniques proposées par REnversC visent à sécuriser ce passage à l’action.
La formation consacrée aux pathologies du bâti ancien et enduits à la chaux a réuni 12 professionnel·les et sera réédité suite à une liste d’attente de 16 personnes. Ce succès montre l’importance du besoin : comprendre le bâti existant, diagnostiquer correctement, choisir des techniques compatibles et éviter les erreurs irréversibles.
Les formations autour de la terre crue et des enduits terre répondent à la même logique. Elles permettent de travailler sur des matériaux locaux, peu transformés, mais qui demandent une vraie compréhension de la matière, des supports, des mélanges, des temps de séchage et des conditions de mise en œuvre.
Ces formations sont complétées par de nombreux webinaires techniques également disponibles dans une bibliothèque de replays.
À partir de juin 2026, le projet est entré dans une phase plus opérationnelle encore, avec le lancement de formations pratiques et de chantiers-écoles pour maintenir notre ambition : apprendre en situation réelle, sur des supports concrets, avec des contraintes proches de celles rencontrées par les professionnel·les.
Faire évoluer la demande et les relais
La rénovation durable ne dépend pas uniquement de celles et ceux qui réalisent les travaux. Elle dépend aussi de la qualité de la demande, de l’accompagnement et de la prescription.
C’est pourquoi REnversC travaille également avec les relais territoriaux, les conseillers, les maîtres d’ouvrage publics, les bailleurs et les acteurs qui accompagnent les propriétaires ou les habitants dans leurs décisions. 71 relais territoriaux ont ainsi été mobilisés autour de sujets comme la caméra thermique, le réemploi, la qualité de l’air intérieur ou le confort sobre.
Ces publics jouent un rôle stratégique. Ils aident à poser les bonnes questions avant travaux, à comprendre les risques, à orienter vers les bonnes compétences, à faire le lien entre ambition environnementale, contraintes du bâtiment et réalités sociales.
Dans notre territoire transfrontalier marqué par un parc bâti ancien, des enjeux énergétiques importants et des situations de vulnérabilité, cette montée en compétence des relais est indispensable. Elle permet de mieux accompagner les citoyens, mais aussi de faire évoluer progressivement les attentes adressées aux entreprises et aux maîtres d’œuvre.
Structurer une culture commune du réemploi
Le réemploi occupe une place tranversale dans REnversC, mais le projet ne l’aborde pas seulement comme une pratique inspirante. Il cherche aussi à le rendre plus lisible, plus praticable et plus intégrable dans les projets.
Les partenaires impliqués dans ce volet travaillent sur les freins concrets : vocabulaire, classification des matériaux, assurance, cahiers des charges, inventaires, logistique, stockage, mise en relation entre l’offre et la demande. L’objectif n’est pas de plaquer un modèle unique sur des réalités locales très diverses, mais de construire des passerelles entre les pratiques existantes.
Cette approche pragmatique est importante. Le réemploi ne peut pas avancer uniquement par conviction. Il doit pouvoir être décrit, prescrit, justifié, sécurisé. Il doit être compréhensible pour les concepteur·ices, les entreprises, les maîtres d’ouvrage et les plateformes qui manipulent les matériaux au quotidien.
Le travail mené autour des nomenclatures et des tables de correspondance s’inscrit dans cette logique : aider les acteurs à mieux se comprendre, à parler des mêmes ressources, même lorsqu’ils viennent de métiers, de régions ou de cadres réglementaires différents.
Une coopération qui fait circuler les savoirs
La plus-value transfrontalière de REnversC se joue précisément là : dans la circulation des savoirs, des méthodes et des expériences.
Un centre de formation wallon peut partager ses outils avec un partenaire français. Une faculté d’architecture peut travailler avec une plateforme de réemploi. Des étudiant·es belges peuvent prototyper à Roubaix avec des étudiant·es français·es. Des professionnel·les peuvent se former à Mons, à Frameries, dans l’Avesnois ou sur d’autres sites de chantier. Des relais territoriaux peuvent comparer leurs pratiques d’accompagnement de part et d’autre de la frontière.
Ce travail partenarial permet de dépasser les fonctionnements en silo. Il ne gomme pas les différences entre les contextes français et wallon ; il les rend utiles. Chaque opérateur apporte son expérience, ses contraintes, ses réseaux, ses lieux d’expérimentation. Ensemble, ils construisent une palette d’actions qui couvre progressivement toute la chaîne de valeur de la rénovation et permettent de comprendre, concevoir, former, prescrire, mettre en œuvre, capitaliser et diffuser la rénovation efficiente et la circularité.
Ce qui se construit pour la suite
À mi-parcours, REnversC a déjà posé des bases solides : des publics mobilisés, des formations testées, des ressources pédagogiques produites, des collaborations renforcées, des premiers chantiers et démonstrateurs engagés, une culture commune du réemploi et de l’éco-rénovation en construction.
La suite du projet permettra d’aller plus loin dans la mise en pratique : nouvelles formations techniques, chantiers-écoles, modules pédagogiques, ateliers, webinaires, ressources en ligne et actions de terrain continueront à être proposés aux professionnel·les, formateur·ices, étudiant·es, relais et acteurs du territoire.
REnversC avance avec une conviction simple : la rénovation durable ne se décrète pas. Elle s’apprend, se teste, se partage et se construit collectivement. C’est en rapprochant la formation, le chantier et le territoire que le projet contribue, pas à pas, à faire évoluer les pratiques de rénovation de part et d’autre de la frontière.
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